Passion et humilité : la clef pour un succès durable?

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Qui sont les personnes qui composent la Fondation Syngenta pour une agriculture durable ? Dans la continuité de notre série d’interviews, nous recontrons maintenant Samuel Guindo (photo, centre d.), notre champion de « Diversité & Inclusion » au Mali. Il nous parle de son travail avec les agriculteurs, du Covid et les adaptations que cela implique. Samuel répond également à quelques questions plus personnelles...

This interview is also available in English.

Fondation Syngenta : Que faisais-tu avant de nous rejoindre  ?
Samuel Guindo : C'était en 2016, à la suite de nombreuses années d’expériences au sein de différentes organisations internationales au Mali, telles que Caritas, Action Contre la Faim et Oxfam. Je gérais des projets de sécurité alimentaire et moyens de subsistance pendant cinq ans. Puis à ICRISAT, mon dernier poste avant de rejoindre la fondation, où j’ai travaillé pendant un peu plus de cinq ans comme Scientific Officer. J’étais en charge du développement et de la diffusion des technologies agricoles au Mali et dans le sahel avec l’approche de la recherche participative. Le but étant de permettre au maximum de petits producteurs agricoles de bénéficier des résultats des recherches agronomiques et de construire un partenariat solide. 

Ton rôle au sein de la Fondation semble très vaste. Que fais-tu principalement ? 
Je dirais que mon rôle est « riche » et le plus important à ce poste c’est d’être passionné. Etant le responsable du programme Agriservices, je participe très activement à la recherche et au développement de nouveaux projets conformément à notre stratégie. Cela passe également par l’organisation et la mise en place des activités liées aux projets du programme sur le terrain et ce par une bonne planification en amont afin de s’assurer de la qualité de nos interventions. Je m’occupe aussi de la promotion de l’entreprenariat agricole, de la création de l’emploi des jeunes et de l’autonomisation des femmes. Le renforcement des capacités de l’équipe sur le terrain et les bénéficaires, notamment les businesses comme les Centre d’Exploitation des Machines Agricoles (CEMA) et les Farmers’ Hubs, sont des aspects très importants dans les activités du programme. Je suis le champion D&I ici depuis plus de deux ans. De concert avec notre chef et les autres programmes, mon rôle est de m’assurer de la mise en application des objectifs D&I du pays. 

Tu parles de passion. Quelle est la partie la plus passionnante de ton travail ?
La partie la plus passionnante concerne nos activités du terrain qui transforment la vie des agriculteurs, essentiellement les femmes, et les jeunes. Avoir un impact durable sur leurs productions et leur vie au quotidien est très important pour moi et le reste de notre équipe. J’ai en souvenir, lors d’une journée portes ouvertes, des discussions très enrichissantes entre agricultrices afin de trouver des solutions pour l’obtention de semences. 

À quoi ressemble une journée de travail typique ? 
Ma journée commence à 5h du matin. Cela me donne un temps de méditation et je peux ensuite préparer les enfants pour aller à l’école. J’arrive au bureau entre 7h et 8h, dépendant du trafic. Après m’être installé, je commence par regarder mes mails. Je réponds rapidement aux messages qui ont besoin d’un feedback et ensuite je les classe en fonction du projet ou de l’activité pour un meilleur suivi ultérieur. Je passe ensuite quelques appels téléphoniques sur le terrain pour le suivi de l’évolution des activités et pour m’assurer qu’elles se déroulent bien. Je rencontre les partenaires, les agriculteurs et les visiteurs avec lesquels nous parlons de nos activités. Actuellement, la journée est aussi parsemée de nombreuses réunions.  En effet, les réunions en ligne se sont multipliées avec la crise de Covid-19. Auparavant, il y avait des réunions mais elles étaient moins nombreuses et planifiées deux ou trois fois par mois. Mais depuis quelques temps, elles sont bien plus nombreuses. 

Quel conseil donnerais-tu aux jeunes intéressés par l'agriculture ?  
Acceptez de commencer « petit », c’est-à-dire commencer avec ce qui est disponible. Le succès c’est un processus : il faut accepter de traverser les moments de turbulence avec détermination. Et surtout, il ne faut pas tout attendre des autres, il faut compter sur soi-même. C’est parfois compliqué de se lancer dans ce milieu et il y a des périodes qui peuvent être vraiment dures et qui peuvent ainsi pousser les jeunes à abandonner. Par exemple, lorsque sa culture est attaquée par des insectes ou par une maladie ; ou bien encore lorsque l’on rencontre des problèmes de financement au départ. Beaucoup de jeunes abandonnent lorsqu’ils sont confrontés à ces problèmes, mais ceux qui persévèrent voient généralement leur business fleurir peu à peu.

Comment Covid-19 a-t-il influencé ton travail quotidien et celui de ton équipe ?  
Le Covid-19 n’a pas tellement affecté nos activités en ce qui concerne nos interactions au travail.  Nous sommes une petite équipe au Mali ; le respect de mesures barrières n’était pas pénible, ce qui nous a permis de travailler assez normalement pendant la crise. Cependant, le Covid-19 a affecté la disponibilité de certains intrants et l’augmentation des prix avec pour cause de la fermeture des frontières et la restriction des voyages. Les journées paysannes qui réunissaient plusieurs agricultrices et agriculteurs ont été reportées pour le respect des consignes données limitant ainsi également les ateliers d’échanges avec les agriculteurs.  

"Ce n’est pas forcément l’argent qui fait avancer"

Pourrais-tu partager un souvenir particulièrement marquant de la Fondation que tu as jusqu'à présent ?
Un souvenir important pour moi remonte à 2019. Une jeune dame APS (Agent de Prestataire de Service), qui était là pour fournir des conseils agricoles aux riziculteurs avec des outils digitaux, notamment RiceAdvice,
a reçu du CEMA son premier salaire de 20’000 FCFA (~€30). Elle a investi cette somme dans une chèvre pour commencer son activité d’élevage. Très rapidement elle a vu son nouveau business fleurir avec des mise-bas tous les six mois. Aujourd’hui, elle a migré vers l’élevage de moutons qui génère encore plus de profit. Dès lors, selon son témoignage, elle a pu aider son mari pour la prise en charge des frais de nourriture de la famille et pour la scolarité de leurs enfants. Ainsi, une formation à l’utilisation des outils digitaux et un salaire de 20’000 FCFA ont suffi à lancer son Agroentreprise. Elle m’a dit plus tard que ce rôle d’APS avait créé un déclic chez elle. Dès qu’elle a reçu son premier salaire, elle n’a pensé qu’à l’investir et non pas à le dépenser. Aujourd’hui elle a plus de dix têtes de moutons sans cumuler les ventes et elle se considère comme une femme épanouie et autonome. Une satisfaction totale !  La leçon à retenir est que ce n’est pas forcément la grosse somme d’argent qui fait avancer en premier lieu. 

La Fondation a créé un réseau de champions de diversité et inclusion. Pourquoi tu t'es porté volontaire pour le rejoindre ?  
Les questions de genre et de développement de compétences étaient dans mes aspirations professionnelles et je m’y suis toujours beaucoup intéressé. Ce réseau de champions de la diversité et de l’inclusion est une excellente opportunité pour moi d’apprendre de nouvelles approches et principes de D&I, de tenir compte des questions de D&I dans tous nos projets et d’encourager les autres collègues à en faire autant. 

Dans quel domaine le Mali a-t-il le plus besoin de s'améliorer en matière de D&I ?
D&I couvre de larges domaines. Il est important dans un premier temps de contextualiser selon les régions et les pays. Dans le contexte du Mali, trois éléments sont principalement importants : Une meilleure implication des femmes et des personnes marginalisées dans nos projets, une utilisation plus responsable des ressources familiales et naturelles, au profit des femmes et des hommes avec notamment une meilleure implication des femmes dans la prise de décisions. Et à compétences égales, donner une chance égale aux femmes dans les recrutements. 

Et pour terminer : quel est ton plat préféré ?  
Le riz à la sauce Yassa poulet. Deux éléments principaux constituent une sauce Yassa : beaucoup d’oignons - mais c’est différent de la sauce à l’oignon - et beaucoup de viande ou de poulet !

*Encore une fois, nous tenons à remercier Anne Sippel, stagiaire chez Syngenta. Elle faisait l’entretien en français. L'anglais en est une version adaptée.